Archives mensuelles : octobre 2010

« Manger est un acte agricole »

Cette formule, fabuleuse à mes yeux, je l’ai découverte dans le livre-manifeste du fondateur du mouvement Slow Food, Carlo Petrini, Bon, juste et propre. Son auteur, Wendell Berry, est une grande figure paysanne des États Unis. Ses textes ont inspiré et accompagné le retour au travail de la terre de nouveaux paysans et les aspirations d’urbains à plus de proximité avec les producteurs de leur nourriture.

Voilà une traduction (merci Marco) du texte d’où est issue la formule. J’espère que son militantisme à la fois pragmatique et spirituel, totalement étranger à ce qu’on entend par ce mot en France, vous donnera l’envie de mettre en œuvre une ou plusieurs des pistes d’action proposées. D’autant plus que, contrairement au moment où ce texte a été écrit, aujourd’hui, ces idées se sont largement répandu en de multiples pratiques et discours, jusqu’à la récupération par les super-hyper-marchés, vitrines, par définition, de l’industrie agro-alimentaire.

« Le plaisir de manger »

Extrait de l’ouvrage What Are People For ?, copyright © 1990 par Wendell Berry.

http://www.ecoliteracy.org/essays/pleasures-eating

Souvent, après une intervention sur le déclin de l’agriculture et de la vie rurale en Amérique, quelqu’un dans le public me demande “Que pouvons-nous faire, nous les urbains?”

D’habitude, je réponds : “Manger de façon responsable”. Bien sûr, j’essaye d’expliquer ce que je veux dire par là, mais après j’ai toujours l’impression qu’il y a plus à dire que ce que j’ai pu dire. Je voudrais maintenant tenter une meilleure explication.

Je commencerais d’abord en posant l’idée que manger est un acte agricole. Manger boucle le processus annuel de l’économie alimentaire qui commence avec la plantation et la naissance. Mais la plupart des mangeurs ne sont plus conscients de cette réalité. Leur représentation de l’alimentation est celle d’un produit agricole, certes, mais ils ne se comprennent pas comme participants à l’agriculture. Ils se comprennent comme « consommateurs ». S’ils vont au-delà de cette idée, ils reconnaissent qu’ils sont des consommateurs passifs. Ils achètent ce qu’ils désirent—ou bien ce qu’ils ont été convaincus de désirer—dans les limites d’une vieille idée de l’économie domestique. Mais ce type de libération n’est acquis qu’en entrant dans un piège (à moins, comme certains, de considérer que l’ignorance et l’impuissance sont des signes de privilège). Le piège représente l’idéal de l’industrialisation : une ville entourée de murailles percées de valves permettant l’entrée de marchandises mais empêchant la conscience de sortir.

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